La différence source d'enrichissement

Aujourd’hui, j’aimerais vous parler des six jours d'e rencontres exceptionnelles que j’ai eu l’honneur et la chance de vivre au Sénégal, lors d’un séminaire interculturel en Communication NonViolente en novembre dernier.

Les circonstances ont fait que j’ai été catapultée dans le rôle de « lead-trainer » de ce stage, ce qui n’était pas prévu au départ. Ce changement inattendu m’a véritablement poussée hors de mes zones de confort. Moi qui vis en Europe, comment allais-je comprendre la réalité des habitants de ce pays inconnu ? Leurs souffrances et leurs difficultés quotidiennes n’allaient-elles pas me donner envie de fuir ?

Le contexte de ce séminaire n’avait rien à voir avec celui de mes séminaires habituels, donnés à des adultes en quête d’outils pour éduquer leurs enfants, ni avec mon travail dans les entreprises, où il s’agit de restaurer l’entente au sein d’un groupe, ni avec mes séances individuelles...

Au Sénégal, nous formions un groupe d’un peu plus de 70 personnes, d’une dizaine de nationalités différentes, issues de milieux très divers : marabouts, sœurs catholiques en habit, femmes avec leur bébé, médecins, représentants d’associations, agriculteurs et éleveurs analphabètes, personnes occupant des postes institutionnels à haute responsabilité. Jusqu’au dernier moment, j’ai ignoré le nombre de participants ; heureusement, car j’aurais peut-être renoncé, si je l’avais su !

Le démarrage du stage a été pour moi éprouvant, car lorsque les personnes ont commencé à parler, j’ai remarqué l’hostilité qui séparait certaines d’entre elles. Le fait est que certains participants portaient un vécu très lourd, marqué par les famines, la désertification, les assassinats et morts mystérieuses, l’emprisonnement et les conflits.

Le but de ce séminaire était d’utiliser le processus de la CNV pour mettre en lumière les ressources intérieures de chacun-e et les capacités liées aux traditions locales. Je n’étais pas venue faire un travail de médiation ni de guérison. L’enjeu était d’apprendre à s’écouter soi-même, d’apprendre à écouter et à parler à partir du cœur.

Je ne connaissais pas la culture des participants, j’ignorais tout de leurs traditions et de leurs dialectes et nous allions travailler dans une langue – le français – qui n’était pas leur langue maternelle et exigerait, pour certains, des efforts considérables.

Voici trois anecdotes tirées de cette rencontre qui m’ont particulièrement marquée.

Un participant, qui occupe une place importante dans la communauté de son village, a évoqué l’hostilité féroce de certains villageois à laquelle se heurtait sa volonté de paix. Grâce à son cheminement avec la CNV, il a pris conscience des luttes de pouvoir qui étaient en jeu, dans le contexte desquelles la survie implique la diabolisation de l’autre. Plus encore, il s’est rendu compte que sa quête de paix, aussi sincère fût-elle, était en contradiction avec son ressenti intime et son langage. Il jugeait en effet les autres comme « méchants, violents et irrespectueux », et cela créait une barrière qui entretenait le climat d’hostilité. Pour devenir un acteur de paix dans sa communauté, il lui fallait créer une espace de paix en lui, en préservant la vie et l’intégrité – la sienne, pour commencer.

La CNV permet à ceux qui entrent dans ce processus de mettre le doigt sur ce qui les empêche de vivre ce qu’ils souhaitent pourtant de tout leur cœur : cela est presque toujours lié à quelque chose d’intérieur. Portés par des intentions louables, nous oublions souvent d’explorer notre espace intime, alors que c’est lui qui détermine notre impact sur notre entourage.

Une participante est arrivée avec un visage marqué. Elle avait perdu de nombreux membres de sa famille, dont une cousine proche avec laquelle elle était en conflit au moment de son décès. Grâce au processus de la CNV et à la magie de l’écoute, elle a pu prendre contact avec son besoin de lien et de paix, et faire un chemin d’acceptation du fait de ne pas avoir pu lui dire au revoir dans la sérénité. La transformation se lisait sur son visage adouci et dans ses gestes. Je sais celle-ci durable et remercie cette femme d’avoir eu le courage d’offrir son témoignage et d’essayer la piste du processus. Sa situation n’a pas changé, sa cousine n’est plus de ce monde, mais elle a pu s’approprier son vécu et retrouver sa dignité.

L’écoute active, qui fait partie intégrante de la CNV, suit la loi universelle de l’unification : lorsque l’on prend le temps, avec l’accord de la personne, de rester avec ce qui la fait souffrir, une transformation intérieure est inévitable.

Une autre participante, profondément croyante et pratiquante, s’est rendu compte qu’en dépit de ses prières et méditations, elle se montrait agressive envers ses proches et les jugeait. A l’issue du stage, elle a partagé son espoir que la CNV lui permettrait désormais de prier autrement et d’ouvrir son cœur à l’autre.

Ce dernier témoignage met en lumière un aspect très concret de la CNV, qui peut soutenir concrètement notre spiritualité, en apportant des éléments de réponse à la question fondamentale de savoir comment mettre en actes ses valeurs profondes dans la vie de tous les jours.

Pendant les six jours de la rencontre, au fur et à mesure que nous cheminions ensemble, la perception des différences entre nous tous s’est complètement métamorphosée : d’obstacles, elles sont devenues sources alimentant des rencontres humaines d’une richesse et d’une puissance extraordinaires. Le premier cercle de parole avait reflété les barrières mentales et émotionnelles de chacun-e. Dans le dernier, les cœurs ont chanté à l’unisson – poèmes, chants traditionnels, gospels.

Les participants, par-delà leurs couleurs, origines ou religions, ont été nombreux à évoquer le mot ‘amour’ pour exprimer leur sentiment d’avoir été vus, reconnus et acceptés tels qu’ils étaient.

A mon tour, je vous remercie d’être venus, Khadissatou, Fleur, Djibril, Mamadou, Mariama et tous les autres ! Grâce à vous, je suis rentrée chez moi plus riche, plus forte, le cœur plus grand et rempli d’espoir. Je suis pleine de gratitude d’avoir pu vivre avec vous cette transformation, que nous ayons pris le temps de nous écouter mutuellement et de nous enrichir de nos différences et, ainsi, d’ouvrir l’espace d’une véritable et profonde rencontre entre nous tous.

Et si on changeait de regard ?

Tous les ans, je vais suivre un ou deux séminaires en CNV donnés par mes collègues pour y puiser une inspiration nouvelle et approfondir mon propre développement.

Celui de janvier dernier était animé par deux formatrices chères à mon cœur, Anne Bourrit et Laurence Bruschweiler, et portait sur la gratitude et l’art d’attirer l’abondance dans notre vie.

Depuis, l’importance du regard que je porte sur les choses m’est apparue avec une clarté insoupçonnée. En fin de compte, c’est bien mon regard qui me fait voir le verre à moitié plein – ou à moitié vide – et ce quelles que soient les circonstances.

J’aimerais partager avec vous deux petites pratiques. Elles sont simples au point d’en être presque banales, et pourtant elles me font invariablement retrouver ma joie de vivre.

Le carnet de gratitude

Tous les matins, je prends ce carnet pour y inscrire dix choses que j’ai vécues, reçues ou observées et dont je suis reconnaissante. Ensuite je relis ma liste en commençant chaque phrase avec le mot « merci ».

Ce moment d’écoute intérieure, d’attention à tout ce qui me « nourrit » met en lumière tous les cadeaux que la vie m’apporte.

Quelques exemples :

l’eau chaude de ma douche – merci, merci, merci pour cette eau chaude bienfaisante qui me permet de savourer confortablement ma douche tous les matins

ma famille – merci, merci, merci pour avoir une famille avec laquelle je peux vivre tous les jours l’amour et les liens tissés au fil des années

la rose orange donnée par une participante à un de mes séminaires – merci, merci, merci pour la beauté de la rose et pour la reconnaissance qu’elle exprime

Un simple changement de regard

Lorsque je me trouve dans une situation qui me dérange ou me crispe, j’ai remarqué que mon attention se concentre immédiatement sur les aspects négatifs, les manques de l’autre personne – le verre à moitié vide. A partir de là, je peux facilement tomber dans le piège du jugement – qui a tort, qui a raison.

Suite au séminaire en CNV de janvier, j’ai commencé à mettre en pratique une technique qui consiste à prendre un moment pour chercher plusieurs raisons d’être reconnaissante à la personne qui m’irrite.

Pour vous donner un exemple, mon père a subi une opération importante et il est encore malade. Quand je téléphone à ma mère pour prendre de leurs nouvelles, elle me dit souvent qu’il n’a pas voulu se réveiller ce matin-là, qu’il a sali ses vêtements trois fois dans la journée ou encore qu’elle a dû changer ses draps à deux reprises. Et chaque fois, j’ai du mal à écouter ses plaintes, je sens que je me crispe, alors même que je sais que la situation n’est pas facile pour elle.

Mais dès que j’ai commencé à chercher des raisons d’éprouver de la gratitude envers ma mère, elles se sont multipliées comme par enchantement :

  • je lui suis reconnaissante d’être en vie, en bonne santé et présente aux côtés de mon père. Savoir qu’elle prend soin de lui me soulage et me rassure ;

  • je lui suis reconnaissante de tout le temps qu’elle consacre à mon père, qu’il s’agisse de faire les courses ou de lui préparer des plats qu’il aime ;

  • je lui suis reconnaissante de toute la patience dont elle fait preuve, car il n’est jamais facile de s’occuper d’une personne âgée et malade.

Le plus beau est qu’en écrivant cette liste, mon regard a totalement changé : les mêmes phrases ne me dérangent plus, mais font naître en moi une immense compassion pour ma mère. Je vois clairement la beauté de tout ce qu’elle fait et je me rends compte du soulagement qu’elle m’apporte ainsi qu’à mes frères et sœurs. J’éprouve un profond sentiment de gratitude qui me donne envie de la soutenir.

Surtout ne me croyez pas sur parole ! Mais la prochaine fois qu’une personne de votre entourage vous tape sur les nerfs par ses paroles ou son attitude, aussi paradoxal que cela paraisse et si cela vous dit, prenez un moment pour chercher des raisons de lui être reconnaissante. Vous verrez bien si cela change quelque chose pour vous et si le verre à moitié vide se transforme en verre à moitié plein…  

Et si vous voulez aller plus loin, voici un livre qui m’a beaucoup touchée et qui parle de la gratitude : La Magie de Rhonda Byrne.

Ecoute de soi écoute de l'autre, un seul et même mouvement

C’est lors d’un de mes récents stages que j’ai fait la connaissance de Maria. Elle m’a raconté comme elle est convaincue de devoir se donner à fond pour les autres, quelles que soient les circonstances. Elle a appris ce fonctionnement depuis toute petite : être là pour ses proches, sa famille, ses enfants, ne jamais se plaindre. Maintenant encore, alors qu’elle se sent épuisée, elle n’arrive pas à faire autrement : chaque fois qu’elle est face à une demande, même si l’envie monte en elle de dire non, elle ne le fait pas, par peur de rejeter l’autre et de se sentir coupable.

Le témoignage de Maria m’a touchée à bien des égards.

D’abord, son fonctionnement m’est familier car il a été le mien pendant bien longtemps. De nombreuses personnes, parfois à la limite de l’épuisement ou de la dépression, m’ont confié leur désarroi dans des situations semblables.

Je suis également touchée de constater que nous sommes parfois prêts à nous sacrifier par crainte d’être rejetés ou taxés d’égoïsme.

Enfin, je suis touchée par l’impact que ces fonctionnements et les croyances qui les sous-tendent ont sur nous (épuisement, mal-être, etc.) et ainsi sur nos relations avec les autres.

Pendant le stage, Maria a décidé de recevoir de l’écoute afin d’explorer ce qui se passe en elle, remonter à la vraie source de ce fonctionnement et trouver une alternative.

Soutenue par une écoute bienveillante, elle s’est mis en chemin vers elle-même et a découvert l’urgence de s’écouter pour mieux prendre soin d’elle-même.

Elle s’est aussi rendu compte qu’il n’y avait aucune contradiction entre prendre soin de soi et prendre soin de l’autre. Bien au contraire, ignorer systématiquement son propre épuisement pour continuer à s’occuper de l’autre a un prix car nous fonctionnons alors sur le mode du sacrifice et la relation en souffre automatiquement.

L’expérience m’a montré que l’écoute de soi apporte une détente intérieure et une bienveillance envers soi-même qui seules permettent une relation détendue et bienveillante à l’autre.
 
Qu’en est-il pour vous ? Vous arrive-t-il de vous écouter vraiment ? Avez-vous parfois envie d’être écouté par quelqu’un qui soit là uniquement pour vous – sans attentes, sans jugement, sans conseils, sans solutions toutes cuites ?
 

Le chemin le plus long commence toujours par le premier pas.

En guise d’inspiration, en voici trois. Ils sont très simples mais vous aideront peut-être à vous écouter plus en profondeur :

1.    Prendre le temps de respirer, sans rien forcer mais en y mettant toute son attention. Respirer ainsi – en pleine conscience – nous permet d’entrer en contact avec notre corps et par là-même avec le moment présent. Essayez de prendre tous les jours cinq minutes pour vous relier à votre respiration.

2.    Se relier à ce qui est vivant en soi (émotions et sensations) et accueillir ce qui est là – sans jugement, sans ambition, sans essayer de changer quoi que ce soit. Souhaiter la bienvenue à l’émotion, la sensation corporelle qui se manifestent.

3.    Se rendre compte du flot continu des pensées. Le mental ressemble un peu à une radio qui n’aurait plus de touche d’arrêt. Au lieu de croire tout ce que nous disent nos pensées – et de nous identifier à elles –, nous pouvons essayer de les observer comme si elles passaient sur un écran vidéo.

Ces trois petits pas n’ont l’air de rien, mais ils peuvent nous apporter une bouffée d’air frais et nous entrouvrir des espaces de légèreté où nous poser en toute sérénité.

Puisse le quotidien vous apporter légèreté et inspiration dans votre relation à vous-même ainsi qu’avec vos proches, vos amis et vos collègues !

DIRE NON ET GARDER LE LIEN

Cet été comme tous les étés, je suis allée passer un mois auprès de ma famille, dans ma terre d’origine, au sud de la Tunisie.

Je tiens beaucoup à ce séjour qui me permet de me ressourcer, de cultiver mes liens avec ma famille, de savourer des moments précieux de partage et de solidarité. L’esprit familial et communautaire nourrissent en moi le sentiment d’appartenance.

Et pourtant, je me rends parfois compte à quel point il m’est difficile de prendre soin de mes besoins personnels. En effet, dans le mode de vie de ma communauté, les besoins du collectif (appartenance, partages et traditions)  priment souvent sur ceux de l’individu, à tel point que par moments j’ai l’impression de cesser d’exister en tant que personne et de ne jamais être écoutée en tant que telle, mais uniquement en tant que membre d’un groupe.

Dans ce contexte communautaire, dire non m’avait toujours été très difficile.

Pour vous donner un exemple concret, j’aimerais vous parler de mon père.

Mon père a aujourd’hui 81 ans. Comme beaucoup de personnes dans ma communauté – et peut-être même plus que d’autres –, il sait donner des ordres, ce qui tient en partie au fait qu’en tant qu’entrepreneur, il a passé une grande partie de sa vie à diriger des entreprises et des êtres humains.

Je crois ne l’avoir jamais entendu formuler une demande à mon égard sous forme de question ; il m’a toujours donné des ordres et continue de le faire. 

L’âge et la maladie l’ont rendu plus vulnérable, mais il n’a pas perdu cette habitude de donner des ordres, ni son attitude dirigiste et autoritaire au sein de notre famille.

Je dis cela avec beaucoup de tendresse, car je connais bien mon père et notre relation est également empreinte d’une grande complicité.

Dans le temps, et encore tout récemment, je n’osais pas dire non à mon père lorsqu’il formulait des demandes à mon égard, sous forme d’ordres, bien évidemment.

Cette difficulté venait en grande partie de mes croyances. Inconsciemment, j’avais toujours identifié un ‘non’ avec un manque de respect, une manière de ne pas honorer la relation.

Aujourd’hui, j’ai pu prendre conscience de cette croyance et me rendre compte que je confondais parfois respect et peur de l’autre. Il m’arrivait aussi de confondre respect de l’autre et ma peur d’être rejetée ou de perdre son amour.

Je suis profondément reconnaissante d’avoir appris à refuser certaines demandes de mon père, et j’aimerais à présent partager avec vous quelques clés qui m’ont aidée à oser dire non sans perdre le lien, en espérant qu’elles puissent vous être utiles…

1re clé : avant de dire non (ou oui), prenez le temps d’aller consulter votre sagesse intérieure

Essayez de voir également à quoi vous dites véritablement oui (ou non). Et si quelque chose en vous résiste, que vous manquez d’élan pour dire ce ‘oui’, alors il est fort probable que ce ‘oui’ ne soit pas en accord parfait avec vos aspirations profondes. Prenez le temps de vous relier à elles et écoutez votre sagesse intérieure, jusqu’à ce que la réponse se manifeste dans toute son évidence. Vous agirez alors à partir de votre sagesse intérieure et vous ne serez plus ni victime, ni en réaction.

Si vous vous surprenez à répondre sous l’impulsion de la peur ou de la culpabilité, voyez-le comme un signal d’alarme : la relation risque d’en souffrir. Alors la prochaine fois, essayez d’aller écouter ce que vous dira votre sagesse intérieure. 

2e clé : prenez le temps d’écouter ce que l’autre veut vraiment

Lorsque l’autre formule une demande à notre égard, elle vise à satisfaire une aspiration, une valeur, un besoin. Essayez de distinguer l’intention qui motive la demande et de l’accueillir avec bienveillance. Vous parviendrez alors à une clarté intérieure qui vous permettra soit de dire vraiment oui, soit d’amorcer avec l’autre un dialogue qui tiendra compte à la fois de vos besoins et des siens.

3e clé : pratiquez la respiration consciente lorsque vous êtes en relation 

Quand nous agissons dans la précipitation, nous oublions souvent cet espace où nous sommes en lien avec l’autre (espace relationnel) et avec nous-mêmes, si bien que nous répondons soit oui (alors qu’en nous quelque chose, voire tout, dit non), soit non, mais avec de la colère. Si vous souhaitez y remédier, vous pouvez par exemple essayer de respirer trois fois de suite en y mettant toute votre attention, en étant totalement présent à ce souffle qui vous traverse. Un espace posé se déploiera où vous pourrez mieux entrer en relation avec l’autre et avoir véritablement le choix de ce que vous aimeriez dire et faire.

4e clé : ne vous laissez pas frustrer par la frustration de l’autre

Dans une situation donnée, si vous sentez clairement que la réponse juste pour vous consiste à dire non (et ainsi refuser la demande qui vous a été faite), il arrivera souvent que cela ne plaise pas à l’autre, surtout s’il n’a pas l’habitude des refus. A ce moment-là, n’essayez pas de l’éduquer, contentez-vous d’accepter sa frustration et de l’accueillir avec la plus grande bienveillance possible.

Ma pratique de la Communication NonViolente, en particulier l’écoute de soi et l’empathie envers soi, et celle de la pleine conscience (en anglais mindfulness) m’ont été d’un immense soutien pour parvenir à me positionner et oser dire non face à une demande ou même un ordre.

Et vous ? Avez-vous parfois envie de dire non tout en restant en lien avec vos proches ou avec vos collègues ?

CLÉS POUR UNE MEILLEURE AMBIANCE AU TRAVAIL

Lorsque j’ai découvert la CNV, je travaillais au sein d’un cabinet de consultants où je calculais les retraites des collaborateurs qui leur seraient versées par la caisse de pension de leur entreprise. Très vite, j’ai commencé à utiliser les outils de la CNV dans mes relations avec mes collègues et avec mes clients.

J’ai ainsi pu constater au quotidien l’impact bénéfique de ce processus sur l’ambiance de mon environnement professionnel tout entier.

Depuis 2007, j’amène de nombreux clients institutionnels et privés à découvrir et à mettre en pratique ce véritable art du dialogue qu’est la CNV. L’expérience m’a montré que partout et dans leur immense majorité, les collaborateurs aspirent à de meilleures relations avec leurs collègues.

Qu’en est-il pour vous ? Vivez-vous vos relations avec vos collègues et votre hiérarchie dans la fluidité ? Que ressentez-vous lorsque vous réfléchissez à vos relations, tant sur le plan professionnel que privé ?

Que vous soyez membre d’une équipe ou dirigeant d’entreprise, si vous êtes à la recherche de moyens pour améliorer l’ambiance sur votre lieu de travail, voici trois clés que vous pouvez utiliser sans plus attendre.

Clé n°1 : dites merci !

Le petit mot magique qui, prononcé sincèrement, fait des miracles.

Il s’agit tout simplement d’exprimer votre reconnaissance pour ce qu’un collègue a fait pour vous ou pour votre équipe, sans qu’il s’agisse d’une réalisation extraordinaire telle que la vente de l’année.

N’oubliez pas de préciser la contribution concrète que votre collègue a apportée à l’entreprise, à l’équipe ou à vous-même.

Supposons qu’un de vos collègues ait organisé une réunion qui se termine à l’heure. Vous pourriez, par exemple, lui exprimer votre reconnaissance de la manière suivante : « Merci d’avoir organisé cette réunion et d’avoir fait en sorte qu’elle finisse à l’heure : je vois que nous sommes efficaces. »

Clé n° 2 : donnez un feedback constructif

Si l’un de vos collaborateurs a commis une erreur dans son travail ou agi d’une manière qui vous déplaît, dites-le lui, mais en veillant à mettre l’accent sur des solutions.

Clé n° 3 : voyez dans chaque erreur l’occasion d’un apprentissage

Cela ne veut pas dire que l’erreur soit bonne ni mauvaise. Il s’agit tout simplement d’adopter une attitude positive et ouverte face à l’erreur afin de pouvoir découvrir l’enseignement dont elle est porteuse.

J’ai raté plus de 9000 paniers au cours de ma carrière et perdu plus de 300 matchs.
A 26 reprises, on m’a remis le ballon et j’ai raté le panier alors que j’aurais pu faire gagner mon équipe.
Ma vie est une succession d’échecs – voilà pourquoi j’ai un tel succès.

Michael Jordan

Tout travail d’équipe implique un but à atteindre en commun. Peut-être le moment est-il venu pour vous de cultiver une communication qui puisse donner du goût à la relation, qui ait un effet bénéfique sur l’ambiance de travail et, partant, sur l’efficacité de votre organisation ou de votre entreprise.

LA MAGIE DU DIALOGUE

Depuis trois ans, j’anime un groupe de pratique en Communication Non Violente (CNV) destiné aux parents d’adolescents.

C’est là que je viens de vivre un dialogue magique et touchant entre deux participantes que nous appellerons Aline et Kristina (prénoms fictifs). Grâce à la confiance relationnelle née de leur échange authentique, elles ont pu trouver des actions concrètes qui tenaient compte des besoins de chacune. 

Aline n’aimait pas la manière dont Kristina intervenait dans les séances. Elle trouvait que Kristina utilisait davantage de temps de parole que les autres participants. Elle avait besoin d’une prise de parole plus équilibrée dans le groupe. Elle a eu le courage de demander un dialogue pour dire à Kristina ce qui comptait vraiment pour elle.

Voici trois clés du processus de la CNV utilisées par Aline et Kristina et que vous pourrez mettre à profit dans vos relations, tant avec vos proches qu’avec vos collègues.

1ère clé : choisir le bon moment

Le choix du moment détermine la réussite du dialogue. Et quel est le meilleur moment ? Celui qui est à la fois bon pour vous et accepté par la personne avec qui vous souhaitez dialoguer. Toute contrainte entraînera une résistance et nuira à la qualité du dialogue. En revanche, si la personne sent qu’elle participe réellement au choix du moment, le dialogue a toutes les chances de réussir.

Par conséquent, si votre interlocuteur décline votre invitation au dialogue, commencez par tenter de comprendre ses motivations – sa réalité – et faites-lui une deuxième proposition qui en tienne compte.

2e clé : faire passer la relation avant le résultat

Demandez-vous ce qui compte pour vous : le résultat immédiat ou la relation ? Si vous privilégiez la relation, vous augmenterez vos chances d’un résultat créatif et durable.

3e clé : clarifier son intention

N’oubliez pas de vous préparer au dialogue en vous posant quelques questions sur vos intentions : est-ce que je veux prouver que j’ai raison et que l’autre a tort d’avoir agi ainsi ? ou est-ce que je veux aboutir à une situation où nous serons tous les deux gagnants ?

Plus votre intention sera claire et positive, tant par rapport à vous-même que par rapport à la relation, plus vous augmenterez vos chances d’un dialogue constructif.

Et vous ? Avez-vous parfois soif d’un dialogue plus authentique au travail et à la maison ?

La communication humaine est un art qui passe à la fois par l’élan du cœur et par des techniques. L’apprentissage des outils offerts par la CNV nous permet de vivre des échanges vrais avec nos proches et nos collègues, sans contrainte et dans un respect mutuel.

Voilà ce que je vis au quotidien, ce que j’ai vécu lors du dialogue entre Aline et Kristina et ce que j’ai à cœur de partager avec vous et avec toute personne prête à vivre ses relations autrement.

Jalila, Juillet 2014